Aux origines de Liox


Mais qui est Liox?
… une partie - non négligeable - de moi-même.
A huit ans, j'avais une ennemie. Je jouais avec mes camarades sur une pelouse devant ma cité.
La gardienne sortait alors, furibonde et courait après nous pour tenter de prendre notre ballon.
Je la dessinais un jour, à gros traits. Cela ressemblait à peu près à ceci : une sorcière y était représentée congelée dans un gros morceau de glace. A coté, une hâche, et une légende : "En cas de loyer non payé, brisez la glace".
Le dessin était graphique à l'extrême, sans embryon de perspective.
Les enfants sont ainsi : leurs peurs et leurs révoltes synthétisées sur la feuille vont à l'essentiel. Il y a une force, une violence graphique dans leur acte que bien des artistes modernes et contemporains ont envié ou envient.
Dubuffet, le groupe Cobra… Keith Haring ou Basquiat, pour n'en citer que quelques uns.


Jean-Michel Basquiat

Oui, peut-être pourrions nous dire : l'image hurlante n'a point besoin d'académisme, d'anatomie ou de perspective.
Les dessins d'enfants, les dessins de "fous", les panneaux de signalisation… ont cette necessité commune.
Paradoxalement , je pressentais toutefois qu'un même dessin dans le monde des adultes, était sujet à interprétations différentes.



A 17 ans, je rentrais dans une petite école de dessin - Corvisart. Mon rêve.
Je déchantais toutefois un peu. L'école formait des "dessinateurs d'éxecution en publicité".
J'avais toute mon enfance fantasmé en m'imaginant que le métier de "dessinateur" consistait à dessiner des gardiennes tout en étant payé.
Mais cela n'avait rien à voir.
La formation était aride et laborieuse. Les fantômes de typographes portant l'épée à la culotte, semblaient hanter les vieux couloirs de l'école.
iNous avions vingt heures de dessin de lettres avec tire-ligne et compas, trois heures pour le dessin d'anatomie. Fort peu à la vérité pour apprendre l'emplacement des centaines de muscles du corps humain. Et puis ces femmes et hommes nus, silencieux, perchés sur une estrade, offerts comme cela à nos yeux médusés prenaient une puissance érotico-surréaliste trop forte. Il nous aurait fallu plus de temps pour nous détendre.

Mais il y avait aussi dans l'établissement, une petite bibliothèque avec des ouvrages rares. Je dévorais des yeux des dizaines d'exemplaires de la revue suisse Graphis. On y présentait le travail d'illustrateurs ou de graphistes tels que Tomi Ungerer, André François, Milton Glaser, Seymour Chwast, Saul Steinberg…
Je me trouvais des pères disons… graphiques.

A vingt ans, j'illustrais mon premier livre pour enfants. Une dizaine d'autres vinrent ensuite.
En sortant de Corvisart, je voulais être illustrateur.

Combien en vingt années ai-je fait de dessins, dans la presse, l'edition ou lors de maintes expositions?
Je ne sais. Beaucoup.
Mais ces dessins ont toujours été appuyés, symboliques, graphiques à l'extrême.
Les bouches des mes personnages crient, embrassent, sucent, mordent mais esquissent que très rarement un sourire de joconde.


Tomi ungerer
Leo Lionni
André François


Cependant, un besoin d'épuration du style pouvait m'amener à refaire cinquante calques pour une seule illustration…
Pour me consoler, je repensais - encore - à Tomi Ungerer, ou même à l'illustrateur Sempé qui souvent vont aussi vers cette répétition, disons … obsessionnelle.

Keith Haring
Saul Steinberg
Savignac

A n'en pas douter, j'étais graphiste et illustrateur ; trop sans doute et surtout doté de trop de certitudes pour faire très serieusement de la peinture.

Une toile vierge m'impressionnait. Il y avait à mon sens - quelque chose de définitif dans l'acte de peindre sur une toile qui me génait et enlevait toute dynamique dans mon trait.
Une feuille ne coutait pas cher, je pouvais déchirer, faire et refaire
De plus, répondre à une commande m'excitait. Une peinture elle, m'offrait une liberté effrayante.

L'évolution du "pourquoi faire une image", allait me prendre quelques années.

Il m'a fallu un peu de temps pour comprendre aussi cela: En art, il nous faut parfois tromper ses amours. J'entends : aller vers ce que l'on aime point spontanément et ne pas faire, comme ces gens qui mangent des cheeseburgers toute l'année et recherchent - - même en voyage en asie - un Macdonalds pour déjeuner.


Marcel Duchamp

Aussi, je me décidais à mieux connaître l'œuvre de peintres et artistes.
Je découvrais combien finalement - l'œuvre de Monsieur Marcel Duchamp était un peu comme l'invention de l'écriture avec le livre - du moins pour l'histoire de l'art officielle et contemporaine…


Paul Gauguin

Mais un héritage principalement occidental de l'image si riche, complique très sérieusement aujourd'hui les choses : vidéo, installations, performances, art social, art politique, land art…


Jeff Koons

La richesse elle-même des nouveaux outils rend les champs d'expoitaton - presque - infinis.

Recemment, j'ai regardé un reportage sur deux artistes musiciens allemands qui jouent leur musique uniquement sur des instruments récupérés dans des poubelles. Ces artistes prétendent que les instruments modernes ne peuvent rendre le son d'un orgue pour enfants fabriqué dans les années soixante dix. 

Je suis très sensible à ce type de démarche : cultiver l'accident, chercher une rupture dans la surenchère technique.

Je fais parfois des expositions … avec des bouts de ficelles et des pinces à linge. Je pends des centaines ou milliers de dessins avec des pinces à linge en bois sur des fils de sisal. On découvre parfois une grande modernité dans les choses les plus simples.

Je pressents que demain, des artistes n'utiliseront pas obligatoirement de gigantesques écrans plasma comme l'on pourrait le penser. Finalement, j'ai noté dans les expositions que faire passer son art par un écran bêtement posé dans une salle à un impact souvent pauvre sur les publics. Un artiste transcende l'outil vidéo-projecteur en l'associant par exmple à une église (Biennale de Venise): le dôme devenant un écran et une chapelle sixtine tout à la fois… modernité et classisme. Mais les images de corps humains en lévitation prennent alors toute leur dimension.


Je picore souvent maintenant dans les œuvres des autres.
Je note une idée, une scénographie, un effet de matière, un sens.


Jasper Johns

Mais je me dis aussi que tout est le produit de son époque, et que cela étant, des milliards de choses, sociales, politiques, accidentelles… forment une nébuleuse dont des artistes peuvent se saisir.
Que ces mêmes artistes sont aussi des organismes complexes, avec leur histoire, peurs, fantasmes, obsessions, amours, maladie… et que bien malin serait aujourd'ui celui qui pourrait définir totalement et définitivement les mécanismes de création d'une "œuvre d'art".

J'avais visité le peintre André François, il y a quelques années. Il m'avait confié comment il se sentais plus attentionné par les points en commun qu'il pouvait avoir avec ses semblables que ses différences. Il y a un peu de cela dans un artiste : un révélateur, un projecteur social de son époque et de son environnement…



Aujourd'hui, pour ceux qui apprécient mes images, je m'appelle LIOX

Je dessine souvent des images qui abordent mes thèmes fétiches : sexualité, tabous, morale, religion,


Courbet - L'origine du monde.

La provocation est un outil fréquent chez les peintres. Mais je prends toujours un grand soin à ce qu'elle soit douce, sans douleur, insidieuse et signifiante.

La sexualité est une thématique au final hautement politique.
Mais je ne dessine jamais de scènes purement sexuelles. Cela est sans intérèt dans un monde ou il y a d'autres outils bien plus efficaces pour cela; ou l'océan d'mages sexuelles déversées par ces mêmes outils banalisent apparament le sexe. Apparament…

Non, il n'est question dans mes images qui abordent un sujet, que de ce qu'il y a autour, ou de ce qui le contient.


Le mouton de Saint Exupéry

A mon sens, les points de vue artistiques nouveaux et hautement originaux ne se trouvent pas obligatoirement sur les murs d'une galerie d'art contemporain.
La rue, les fanzines, des sites web personnels sont parfois troublants de créativité.

Prétendre faire une "œuvre d'art" est peut-être un frein; un peu comme de répondre par le mot "Dieu"
à ses interrogations sur le sens - éventuel - de la vie.
Je pense à virginia Woolf écrivant qu'il nous fallait décidement renoncer à nommer les choses, afin de tenter de mieux les connaitre.