Je traverse une
singulière période : Je marche parfois la nuit dans
la capitale pour y coller des dessins. Mais ce sont là, des
dessins originaux signés qui devraient être vus, peut-être
regardés, mieux encore... décollés, emportés,
encadrés !
Pas tous cependant.
J'use parfois parfois aussi de colle de farine. Là, les images
sont indecollables, eventuellement dechirées, tagées
par d'autres.
Mettre ses chaussures,
prendre son matériel et se jeter dans cette jungle de panneaux
de publicité, de signalisation, flêches, grafitis, signes
et symboles divers obligent à dessiner des images sachant se
défendre.
Je note que les murs de Paris ont aujourd'hui encore des créations
d'artistes, travaillant parfois dehors depuis plus de 20 ans. Jeff
Aerosol, Misstic...
Par les quatres côtés de la feuille, avec force double-face
je colle des centaines, des milliers de dessins.
Il y a quelques années, je m'entrainais alors à ce que
je dénommais des "marathons dessins". Consciencieusement,
je dessinais durant des heures, sans relâche, des dizaines de
dessins. Il y avait là un peu de l"'écriture automatique".
La répétition entrainant d'autres façons de penser
et de faire.
Aujourd'hui, ces marathons-dessins m'occupent à nouveau en
partie, mais trouvent un aboutissement plus large que dans les cartons
ou au sein d'une expositon fermée.
Les thématiques abordées sont mes sujets fetiches :
sexualité, morale, religions, politique
le tout si possible
condensé.
A celui qui regarde et apprécie, je dis : prends, décolle,
emporte, encadre
ce dessin est pour toi.
A la vérité, je trouve là aussi un petit coté
romanesque qui n'est pas du tout pour me déplaire : anticiper
sur les rondes nocturnes des policiers, les mauvaises rencontres,
et bien sur les comportements très variés des passants.
Je note aussi que certaines rues par exemple, sont plus fréquentées
que d'autres par des amateurs d'arts.
Je pense au film de Julian Schnabel ou l'on voit à un moment
donné deux energumènes découper une porte où
figure une peinture de SAMO - le Duo alors Basquiat-Garcia ...
La seconde vie artistique des images de la rue n'est-elle pas une
variation ironique de l'art contemporain, trop souvent pris au piege
de ses propres provocations artistiques mondaines ? Le risque pour
l'artiste et l'uvre, tout deux dans le cocon du micromarché
- y est finalement très relatif.
Je lis un article
présentant Bruno Caron, membre de la commission d'acquisition
du FRAC et créateur de la Biennale de Rennes. L'homme y decrit
le marché de l'art contemporain comme un divertissement pour
la Jet-set
interessant point de vue émanant d'une personne
connaissant son sujet.