LIBERTE EGALITE FRATERNITE
et le drapeau pirate :


L'image interdite




Le 2 juillet 2008, à 3h55 du matin, je collais un dessin original représentant cette image : Une tête de mort avec deux ailes et deux os croisés évoquant le drapeau de pirate. Y était écrit en dessous : LIBERTE EGALITE FRATERNITE.
Au même instant, un véhicule de police s'arrête et pratique une fouille au corps sur ma personne. ATTEINTE A L'AUTORITE DE L'ETAT selon les policiers.
J'explique une des vocations de l'image, objet du conflit : coller dans la rue des dessins originaux signés, à la vue (et à la disponibilité) des passants , et représentant occasionnellement les symboles de la république sous une forme nouvelle, créative, atypique mais surtout porteuse d'un sens concis.
Car quoi! LIBERTE EGALITE FRATERNITE ne sont point des mots conservés dans le formol ou reliques sacrées, mais bien des outils vivants d'un progrès social a conquérir - et RE-conquérir - sans cesse... d'ou la drapeau pirate!
Oui, à 04h00 du matin, Je tente d'expliquer cela aux représentants de l'ordre (je suis comme cela...). Peine perdue. "N'est-ce pas mieux qu'un tagg "NIQUE LA POLICE?" lance-je timidement.
Non, me répondent-ils en coeur : "c'est pareil, vous abondez dans le sens des délinquants" (ah?...).
Réponse éloquente et surtout très signifiante à mes yeux.
Après plusieurs jours de réflexion, j'ai pensé ceci: Nous autres artistes, pensons - trop souvent - être une sorte de crème d'une crème de la société... péché d'orgueil!.
Après tout, je ne suis pas tant différent de cette supposée "racaille", peut-être même cousin.
Certes, parfois ils m'énervent un peu… même que certains taggent mes Mariannes d'une grande croix rouge… et me menacent.
Il m'a fallu me creuser la tête, et faire une série de dessins deja barrés, tout comme des panneaux de signalisation : "NO COMMUNAUTARISM", "NO MACHOS" etc…
Toujours dans mon dessin de l'humour un peu, de la légereté et de l'adaptation beaucoup.
Mais de ces jeunes citoyens français - et européens - qui parfois semblent aussi justement porter atteinte à cette inflexible "AUTORITE DE L'ETAT" par des actes d'agression, quelles sont les raisons de leurs actes?
Je ne suis qu'artiste, - donc peu habilité à donner des réponses précises. Cependant - comme tout peintre - je me sers beaucoup de l'intuition.
A mon sens, les frustrations engendrent des fauves.
Des êtres peu respectés de leur société aspirent tout naturellement à cela : plus de Liberté, plus d'égalité, plus de fraternité.
Et si le cri graphique "NIQUE LA POLICE" remplacé par "LIBERTE EGALITE FRATERNITE" , pouvait devenir une amorce de revendications interressantes de ces jeunes face à leur société?
La question à quelques jours du 14 juillet, n'est pas si naïve et puérile.

Le lendemain de l'incident, le 3 Juillet, le vois à 19h rue Duris une vingtaine de jeunes balancer des pétards géants sur le capot d'une voiture de police. Ces cccupants fonctionnaires accélèrent, coursés par les auteurs de l'embuscade.
Décidément, tout est signifiant...

Mais revenons à la veille. Point marquant, l'acte de coller à la colle de farine dans la rue ne semblait pour les policiers pas du tout le problème. Ils me demandaient d'arracher le dessin LIBERTE EGALITE FRATERNITE avec le fameux drapeau pirate ailé, (acte ENCORE signifiant avant le 14...), mais point un autre deux fois plus grand que j'avais collé quelques jours plus tôt - et apparemment invisible pour eux.

Après une demi heure d'immobilisation, les policiers consentent à me laisser partir en me menaçant : Si ils en voient un autre, ils viendront me chercher à mon domicile avec garde à vue, inculpation et peine d'emprisonnement.

OR, il y en a d'autres...


Me revient un souvenir : celui - quant j'habitais Sao Paulo au brésil dans les années quatre-vingt d'une police faite de nombreux représentants de l'ordre peu instruits, psycho-rigides, sans humour, répressif plus que nécessaire, tatillons sur des détails insignifiants dans une société faite de beaucoup de souffrance.
Pas de société sans police néanmoins ou la violence civile reste un traumatsme pour celui qui la subit.

Très paradoxalement - et après avoir discuté longuement avec des acteurs sociaux, je pense que certaines de mes images concernant les valeurs de la république dérangent tout autant les forces de l'ordre que parfois des jeunes de mon quartier, qui eux, ne se reconnaissent pas en elles (Liberté, Eégalité, Fraternité).

Coté police, ma rhétorique reste sans concessions : Précarité croissante, main d'oeuvre sous-payée, crise du logement portent davantage atteinte à la république qu'un dessin collé par un artiste.


Mon nom d'artiste est LIOX , je suis peintre et graphiste. Je colle dans la rue des dessins originaux offerts au bon vouloir des passants. Des dessins à redecoller et à s'accaparer... ou même s'ils ne plaisent décidément pas à déchirer, tagger, annoter.

Ces dessins sont fréquemment des symboles graphiques abordant sexualité spiritualité ou encore effectivement les valeurs universelles LIBERTE EGALITE FRATERNITE.

En 2007, dans la Mairie du 4ème arrondissement, durant LA NUIT BLANCHE j'ai accroché sur des fils deux mille dessins représentant Marianne. Deux mille dessins originaux et signés de Mariannes atypiques, à décrocher par chacun et chacune.

Parfois, ici ou là, dans le Marais, Belleville ou Menilmontant, on peu trouver un "Joly Roger" ailé - un drapeau de Pirate - avec écrit en dessous LIBERTE EGALITE FRATERNITE.

Il y en a eu, il y en a, et il y en aura encore.